Lettre aux producteurs de lait
Les éleveurs laitiers ont montré à toute la société, en ce début de semaine, que les problèmes laitiers ne sont absolument pas réglés, contrairement à certaines communications de ces derniers jours.
La réunion du 13 au soir, en présence de Romuald Schaber, Président de l’EMB, de Karl-Dieter Specht, ancien directeur d’une coopérative laitière allemande et d’Erwin Schoëpges, président du MIG en Belgique a réuni plus de 150 producteurs de lait.
Il a été expliqué et démontré que la compétition franco-allemande non seulement n’est pas justifiée mais qu’elle est surtout une construction orchestrée par l’agroalimentaire afin de mieux diviser les producteurs européens et évidemment de se garantir un prix du lait à la production toujours plus bas. Nous ne pouvons pas accepter cette nouvelle dérive.
Cette première étape tenue à Saint-Germain a donné le départ de la mobilisation pour l’ouverture du Space le 14 septembre, où nous avons organisé une contre inauguration sous la bannière de l’EMB. Le cortège parti du stand de la Coordination Rurale s’est très rapidement étoffé ; 2 000 producteurs sont allés à la rencontre du ministre de l’Agriculture, qui malgré les demandes et cette forte mobilisation a refusé de nous entendre.
Ce mépris et la tension générale très palpable, prévisible et à la hauteur du désespoir des producteurs, ont entraîné quelques dérapages certes regrettables mais inévitables.
La violence n’est pas une pratique habituelle de notre organisation. Nous ne pouvons pas blâmer nos adhérents qui ont démontré, par le passé, leur grande maîtrise, mais il nous est toutefois impossible de gérer des éléments extérieurs à notre syndicat.
Les responsabilités de ces dérapages sont plutôt à attribuer à la frustration provoquée par les orientations choisies, la Loi de Modernisation Agricole, les accords interprofessionnels qui ne couvrent toujours pas le prix de revient du lait, l’absence de crédibilité du CNIEL et la politique agricole du gouvernement qui ne satisfait pas les agriculteurs. Toutes nos interrogations et inquiétudes par rapport aux risques encourus sur le Space ont été transmises à la plus haute autorité de l’Etat dès le début du mois et aucune communication n’a été possible avec les organisations du Space ou avec le ministère.
Si nous avons la capacité de gérer nos adhérents, nous ne pouvons pas raisonnablement tout coordonner si les intervenants du Salon nous ignorent. Les dégâts se sont toutefois limités aux seuls éléments symboliques du mécontentement. A chacun d’en tirer ses conclusions !
Depuis plus d’un an, nous craignions des dérapages. Il faudra peut-être, à l’avenir, tenir compte de la force du mécontentement qui existe aussi chez un certain nombre de personnes non syndiquées et non encadrées. La journée du 14 septembre a démontré, une fois de plus, l’incompréhension des dirigeants face aux besoins réels et objectifs des producteurs sur leur ferme.