Le lait coule encore

Publié le par Coordination Rurale 67

Le lait coule encore

 

Germain Krantz ne décolère pas et poursuit sa grève du lait depuis vendredi. C'est-à-dire qu'il ne vend plus sa production à la coopérative laitière. Et pour que tout ne soit pas perdu, il propose aux consommateurs de s'approvisionner gratuitement chez lui. Son collègue, Patrick Nonnenmacher fait de même à partir d'aujourd'hui, à Altenheim.


 

« Nous démarrons une grève qui va durer. Ce n'était pas juste un coup d'éclat d'une seule journée », explique Germain Krantz qui a débuté dans le métier il y a 30 ans dans la ferme familiale. Aujourd'hui il se bat pour la survie de sa profession, « menacée par la suppression des quotas laitiers et les intentions de l'industrie agro-alimentaire qui veut avoir carte blanche pour fixer seule les prix selon les lois du marché ».

 

Si les prix baissent, nous serons forcés de mettre la clé sous la porte

 

La coordination rurale (CR), dont il fait partie, est favorable au maintien des quotas, avec une baisse de 2 à 5 % par exploitation. Une solution qui selon la CR et l'EMB (European milk board), la fédération européenne des producteurs de lait, permettrait de trouver un équilibre.

 Mais la décision de la commission de Bruxelles sur la suppression des quotas semble irréversible et sera progressive jusqu'en 2015. Le combat est-il donc perdu d'avance ? D'autant plus que la grève du lait n'est pas soutenue par la FNSEA (fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), majoritaire dans la profession. Germain Krantz et Patrick Nonnenmacher n'ont rien à perdre. « De toute façon si les prix baissent, nous serons forcés de mettre la clé sous la porte. En dessous d'un certain seuil nous ne pouvons plus vivre de notre travail », commentent-ils.

 Et la mobilisation ne fait que commencer. Germain Krantz a contacté tous ses fournisseurs pour solliciter leur soutien. Il a affiché leurs noms devant sa ferme. Il veut aussi mobiliser chaque producteur qu'il invite d'ailleurs à une réunion mercredi soir à Zeinheim pour parler de ce sujet (*). Pour donner du poids à cette grève de lait, qui serait suivie dans 14 pays d'Europe, il continuera à distribuer gratuitement le lait aux consommateurs. Idem pour son collègue d'Altenheim.

 « Ce n'est vraiment pas de gaieté de coeur que nous détruisons notre collecte de lait quotidienne (environ 2 000 litres, ndlr) », souligne Mme Krantz, très amère. D'autant plus que chaque jour de grève est synonyme de perte d'argent. « Nous sommes déterminés à continuer le temps qu'il le faudra. On servira d'exemple s'il le faut. De toutes façons, si les quotas disparaissent, on disparaîtra avec eux . »

 Hier, quelques voisins sont venus soutenir le couple et sont repartis avec quelques litres de lait. « Je suis venu vivre à la campagne car je m'y sens bien, j'apprécie ce village (Rangen, ndlr) car il y a encore des agriculteurs. Que deviendront toutes ces communes sans leurs agriculteurs ? Je les soutiens d'autant plus que la baisse des prix ne profitera pas aux consommateurs mais à l'industrie agro-alimentaire », ajoute Frédéric. Et de fustiger la mondialisation et l'industrialisation à outrance. « A quand les vaches élevées en batterie comme les poulets ou les cochons ? », s'indigne encore Mme Krantz. Un vrai débat de fond qui risque de soulever les passions si la réunion de demain soir fait le plein.

Simone Giedinger

(*) Mercredi 16 septembre, à 20 h, à la salle des fêtes de Zeinheim. Réunion ouverte à tous les producteurs de lait de la région, en présence de Pascal Massol, président de l'association des producteurs de lait indépendants (APLI).

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