Vers une grève du lait ?

Publié le par Coordination Rurale 67

Vers une grève du lait ?

Alors que la crise du lait se poursuit et que les ministres européens de l'Agriculture continuent d'afficher leurs divergences, certains envisagent d'entamer une « grève du lait », faute d'aide. C'est le cas de Germain Krantz, petit producteur de lait à Rangen et membre du syndicat agricole de la Coordination rurale.



 « J'ai manifesté à Bruxelles en juin et à Strasbourg le 14 juillet, toujours sous la banderole de l'EMB (European milk board, ndlr) », se souvient Germain Krantz, jeune agriculteur domicilié à Rangen. Et aujourd'hui, face à une crise du lait qui se poursuit, il n'a pas l'intention d'abandonner la lutte.

« Si chacun fait ce qu'il veut, ce sera la catastrophe »

 A la tête d'un cheptel de 60 vaches, qui lui donnent chaque année 420 000 litres de lait, il est fier de sa ferme familiale. Mais le syndicaliste de la Coordination rurale est de plus en plus inquiet quant à l'avenir de sa profession et de sa petite exploitation.
« Cette année j'ai réalisé 26 000 € de chiffre d'affaire en moins par rapport à 2008 », confie-t-il. La faute, selon lui, à l'Union européenne, qui cherche progressivement à éliminer les quotas laitiers. Ce qui entraînerait une hausse de la production. La faute également à une baisse de la consommation « de 1 à 2%, du fait de la crise ». Résultat : 5% de lait en trop sur le marché et des prix en chute libre.
 Si l'agriculteur admet que 2007 et 2008 ont été des « années correctes, avec une légère hausse des prix du lait », la dégringolade a eu lieu à la fin de l'année dernière. Là, les prix ont baissé de 20%. Et l'impact sur les revenus a été immédiat : « souvent les trois quarts voire la totalité du revenu d'un producteur a disparu, certains ont même commencé à travailler à perte ».
 Pour Germain Krantz, si aucune solution n'est adoptée prochainement, la situation ne va qu'empirer. Surtout qu'au niveau européen, c'est toujours l'impasse. Hier encore, les ministres européens de l'Agriculture ont affiché leurs divergences. D'un côté la France et l'Allemagne proposent de maintenir une forte régulation du secteur laitier en Europe, notamment dans la perspective de la disparition des quotas laitiers à l'horizon 2015. De l'autre, les pays d'Europe du Nord ont tendance à soutenir la dérégulation.
 Une aberration pour l'agriculteur de Rangen. « Si on n'encadre pas la production, si chacun fait ce qu'il veut, ce sera la catastrophe », confie-t-il. Pour lui, la meilleure solution serait le maintien des quotas, « le seul système qui fonctionne ».

Faire directement don du lait aux consommateurs

 En attendant, les prix du lait pour l'an prochain ne sont pas encore négociés. Et Germain Krantz de craindre que le montant payé aux producteurs français -fixé aujourd'hui à 300 € par tonne de lait- ne chute, pour s'aligner sur les prix payés aux producteurs allemands. « Si rien n'est fait, le prix du lait va passer à 220 € la tonne et là on perdra de l'argent, c'est clair », affirme l'exploitant.
 Pour lui il s'agit donc d'agir. Et le plus rapidement possible. Sa solution ? La grève du lait. L'objectif des producteurs qui s'engagent dans une telle démarche est de faire directement don du lait aux consommateurs, qui ne seront donc pas pénalisés. Les grandes surfaces, quant à elles, ne seront pas approvisionnées et le reste de la production « passera, malheureusement, dans la fosse à lisier. »
 « La grève du lait a déjà eu lieu en Allemagne et dans le Sud de la France mais ce n'était pas coordonné, et ça n'a donc rien donné », reconnaît Germain Krantz. Il s'agirait donc désormais de mieux se rassembler, pour gagner. Mission compromise puisque la profession est elle-même divisée sur l'attitude à adopter. Le principal syndicat agricole français, la FNSEA, juge ainsi qu'une grève du lait serait « une aberration ».

Muriel Dudt
Édition du Mar 8 sept. 2009


 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article