Lettre ouverte à F. FILLON

Publié le par Coordination Rurale 67

 

Lettre ouverte

au Premier Ministre, Monsieur François Fillon

 

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Vous avez déclaré vendredi 29 mai : « Le gouvernement met une pression maximale sur cette négociation. On n'acceptera jamais que les producteurs de lait soient condamnés à produire à perte ».

 

Votre ministre, M. Barnier a déclaré dimanche : « Je fais appel à la responsabilité de toutes pour trouver un prix juste et rémunérer le travail des éleveurs correctement ».

Nous tenons à vous informer que, en France, le prix de revient  de 1 000 litres de lait se décompose aujourd'hui de la manière suivante, pour une étable moyenne produisant 200 000 litres  par an :

 

Alimentation =

96,00 €

Autres charges opérationnelles =

50,00 €

Amortissement matériel, bâtiments et mise aux normes =

53,00 €

Autres charges de structure =

129,00 €

Rémunération des capitaux propres et du foncier =

21,00 €

Aide directe à la production laitière à déduire =

- 35,50 €

Coût de production total de 1 000 litres de lait =

313,50 €

 

 

Tout producteur qui produit et vend son lait à ce prix-là vend donc à perte puisque son travail n'est pas rémunéré et qu'il ne peut donc pas en vivre, à l'image d'un salarié qui travaillerait sans percevoir de salaire.

 

Vous devez donc exiger des acheteurs de lait français, si toutefois ceci est de votre pouvoir, qu’ils rémunèrent au minimum le lait à 400 €/tonne pour qu’ils puissent vivre normalement de leur travail qui, vous le savez, est le plus contraignant de toutes les tâches contemporaines tant par sa pénibilité qu’en terme de durée et d’astreinte.

 

Nous sommes navrés de constater que les représentants des producteurs que vous consultez et qui sont seuls admis à siéger à l’interprofession vous informent aussi mal sur la réalité économique du métier de  producteur de lait. Nous vous exhortons donc à élargir le socle de cette instance aux autres syndicats afin d’obtenir une meilleure visibilité de la situation dramatique et indigne qui a été progressivement faite aux agriculteurs dans cette production.

 

Enfin nous ne pouvons que constater que votre exhortation à renouer avec des prix justes et équitables du lait nous va droit au cœur mais semble malheureusement ignorer la réalité du grand marché unique européen qui fait que le prix du lait est dramatiquement bas chez tous nos voisins et qu’il est donc illusoire de maintenir des prix différenciés entre la France et tous les autres.

 

Comme nous l’avons déjà dit à de nombreuses reprises le problème est européen et la solution est donc européenne. Avec l’EMB, nous continuons donc d’œuvrer pour unir l’ensemble des producteurs européens qui se préparent, s’ils ne sont pas entendus par le pouvoir politique européen qu’il considèrent comme l’unique responsable de cette crise, à engager un combat déterminé avec les dernières armes qui leur restent, à savoir le pouvoir de refuser de livrer leur lait.

 

Comptant sur votre compréhension de la gravité de la situation et certains que vous apporterez une réponse à la mesure de la crise du lait, nous vous prions de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de notre haute considération.

 

 

Jean-Louis NAVEAU                                          Daniel CONDAT

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